Chemins de traverse – 105 / Amin Maalouf

Amin Maalouf 

Je suis entre la croyance et l’incroyance comme je suis entre mes deux patries, caressant l’une, caressant l’autre, sans appartenir à aucune. Je ne me sens jamais aussi incroyant que lorsque j’écoute le sermon d’un homme de religion; à chaque exhortation, à chaque citation d’un livre saint, mon esprit se rebelle, mon attention s’échappe au loin, mes lèvres marmonnent des imprécations. Mais lorsqu’il m’arrive d’assister à des funérailles laïques, j’ai froid à l’âme, et l’envie me prend de fredonner des chants syriaques, ou byzantins, ou même le vieux Tantum Ergo que l’on dit composé par Thomas d’Aquin. Tel est le sentier erratique où je chemine en matière de religion. Bien entendu, j’y déambule seul, sans suivre personne, et sans inviter personne à me suivre.

Amin Maalouf, Les désorientés (coll. Livre de Poche/LGF, 2014)

image: Gustave Moreau, Œdipe et le Sphinx (nadegedauvergne.over-blog.com)

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