Morceaux choisis – 215 / Gustave Thibon

Gustave Thibon

Aux âmes qui souffrent de ne pas aimer et de ne pas souffrir par amour, on voudrait dire combien précieuse est leur misère intérieure et combien Dieu a soif d’une prière partie de là… A quoi bon essayer de colorer nos pauvres douleurs? Rien n’est trop pauvre, rien n’est vain en face de Dieu. Il est des êtres qui, parce qu’ils ignorent les brisements ailés de la souffrance amoureuse, se croient exclus des profondeurs de la vie divine. Mais vivre d’amour est autre chose que vivre l’amour. La vie divine est un abîme dont nul sentiment humain n’a touché le fond: elle n’est pas dans ce qu’on sent de Dieu, mais dans ce qu’on donne à Dieu. Et à celui qui ne trouve dans son âme rien de pur et de vivant à offrir, il reste à s’offrir soi-même. Offrande nue et foncière, qui atteint jusqu’à la substance. Les pauvres sont chers à Dieu parce que, vides de tout avoir, ils donnent leur être. Ce n’est pas ne rien donner que de donner son rien.

Gustave Thibon, Quelques propositions sur la douleur / 1936 (biblisem.net)

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