Maurice Zundel
Oh ! Dieu fragile! fragile infiniment! Dieu caché comme le secret le plus profondément enfoui au coeur de notre coeur! Et la Croix de Jésus atteste justement à quel point Il est victime de tous nos refus d’amour et que le mal est une blessure, une blessure faite à cet Amour qui n’est qu’Amour. Et, puisque c’est dans l’humanité, puisque c’est dans la Création que Dieu saigne et qu’Il meurt, c’est donc dans cette Création qu’il nous faut porter les remèdes de l’amour, qu’il nous faut déraciner le mal, qu’il nous faut répandre le rayonnement du bien.
Tout ce négativisme que nous entretenons, que nous propageons, tout ce négativisme, toutes ces façons de démolir, de détruire, de décourager, de déprimer, d’asphyxier tous les élans de l’âme, comme tout cela est anti-chrétien! Justement les bras de la Croix, les bras de l’Amour étendus vers nous, nous pressent d’entrer dans le oui pour que l’univers soit, pour que l’existence rayonne, pour que le monde soit transfiguré, pour que toutes les fleurs se mettent à fleurir et que toutes les réalités se mettent à chanter.
Jésus ne meurt pas pour que nous macérions dans la méditation de la mort! mais pour qu’avec Lui nous soyons des vainqueurs de la mort! Et la vraie mort, c’est justement celle où nous stagnons dans la possession, dans l’instinctivité, dans le moi passionnel où nous sommes roulés comme une noix sur l’océan par les forces obscures que notre vocation est de clarifier, de décanter, d’apaiser, d’harmoniser pour en faire un monde, un cosmos, c’est-à-dire justement, selon le sens du mot, une chose pure, une chose belle!
Maurice Zundel, Conférence du Vendredi Saint / extrait (mauricezundel.com)
image: Abbaye cistercienne de Hauterive, Fribourg / Suisse (abbaye-hauterive.ch)