Regards ignatiens – XXXXVI

Pierre Teilhard de Chardin

Le Monde, à certains jours, nous apparaît comme une chose effroyable: immense, aveugle, brutal. Il nous ballotte, nous entraîne, nous tue, sans faire attention. Héroïquement, on peut bien le dire, l’Homme est arrivé à créer, parmi les grandes eaux froides et noires, une zone habitable où il fait à peu près clair et chaud, où les êtres ont un visage pour regarder, des mains pour adoucir, un coeur pour aimer. Mais que cette demeure est donc précaire! A chaque instant, par toutes les fentes, la grande chose horrible fait irruption, celle dont nous nous forçons à oublier qu’elle est toujours là, séparée de nous par une simple cloison: feu, peste, tempête, tremblement de terre, déchaînement de forces morales obscures, entraînent en un instant, sans égards, ce que nous avions péniblement construit et orné avec toute notre intelligence et notre coeur.

Pierre Teilhard de Chardin, Le milieu divin (coll. Points Sagesse/Seuil, 1993)

image: Juan Martínez Montañés et Francisco Pacheco, San Ignacio de Loyola (catholicsun.org)

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