Augustin d’Hippone
Celui qui t’a fait sait ce qu’il Lui reste à faire avec toi. Le croirais-tu assez incapable pour avoir su te faire sans se souvenir ensuite de ce qu’Il doit te faire encore? Tu n’étais pas encore, Il pensait à toi; car tu ne serais jamais s’Il n’y avait pensé. Donc pour te donner l’existence Il a songé à toi quand tu ne l’avais pas. Et maintenant que tu existes, que tu subsistes, que tu vis, que tu Le sers, Il te méprisera, Il te délaissera?
Il m’a délaissé, dis-tu. Je L’ai prié, Il ne m’a point exaucé. Et si tu Lui demandais ce que tu ne pouvais recevoir que pour ton malheur? J’ai pleuré devant Lui, Il ne m’a pas donné. Enfant sans jugement, pourquoi as-tu pleuré? Pour obtenir les jouissances du temps. Et si ces jouissances que tu demandais avec tant d’ardeur et avec larmes devaient te perdre?
Saint Augustin, Sermon XXI De l’amour de Dieu, dans: Sermons sur l’Ecriture (coll. Bouquins/Laffont, 2014)
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