Pape François
C’est parmi les chants de joie que Jésus est monté au ciel, où il siège à la droite du Père. Il a englouti la mort pour que nous devenions héritiers de la vie éternelle. L’Ascension du Seigneur n’est donc pas un détachement, une séparation, un éloignement de nous, mais elle est l’accomplissement de Sa mission: Jésus est descendu jusqu’à nous pour nous faire monter jusqu’au Père; Il est descendu pour nous élever; Il est descendu jusqu’aux profondeurs de la terre pour que le Ciel s’ouvre au-dessus de nous. Il a détruit notre mort pour que nous recevions la vie, et pour toujours.
C’est le fondement de notre espérance: le Christ est monté au ciel et porte dans le cœur de Dieu notre humanité pleine d’attentes et de questions, pour nous donner la confiance sereine que là où Il est, tête et premier-né, nous aussi, Ses membres, nous serons unis dans la même gloire.
C’est cette espérance, enracinée dans le Christ mort et ressuscité, que nous voulons célébrer, accueillir et annoncer au monde entier. L’espérance chrétienne – écrit saint Pierre – est un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. Cet héritage vous est réservé dans les cieux (1 P 1, 4). L’espérance chrétienne soutient le chemin de notre vie même quand il est tortueux et éprouvant; elle ouvre devant nous les voies de l’avenir quand la résignation et le pessimisme voudraient nous retenir prisonniers; elle nous fait voir le bien possible quand le mal semble l’emporter. L’espérance chrétienne nous insuffle la sérénité quand le cœur est alourdi par l’échec et le péché; elle nous fait rêver d’une humanité nouvelle et nous rend courageux dans la construction d’un monde fraternel et pacifique quand cela ne semble pas valoir la peine de s’y engager. C’est cela l’espérance, le don que le Seigneur nous a donné au baptême.
Nous avons, en effet, tous besoin d’espérance. L’espérance ne déçoit pas, ne l’oublions pas. En a besoin la société dans laquelle nous vivons, souvent plongée dans le seul présent et incapable de regarder vers l’avenir; en a besoin notre époque qui se traîne parfois avec lassitude dans la grisaille de l’individualisme et de la facilité; en a besoin la création gravement blessée et défigurée par les égoïsmes humains; en ont besoin les peuples et les nations face à des lendemains remplis de craintes et de peurs, alors que les injustices se poursuivent avec arrogance, que les pauvres sont rejetés, que les guerres sèment la mort, que les derniers restent encore à la traîne et que le rêve d’un monde fraternel risque d’apparaître comme un mirage. En ont besoin les jeunes souvent désorientés mais désireux de vivre pleinement; en ont besoin les personnes âgées que la culture de l’efficacité et du rejet ne sait plus respecter et écouter; en ont besoin les malades et tous ceux qui sont blessés dans leur corps et dans leur esprit, qui peuvent être soulagés par notre proximité et notre attention.
Et l’Eglise a besoin d’espérance pour que, même lorsqu’elle est confrontée au poids de la fatigue et de la fragilité, elle n’oublie jamais qu’elle est l’Epouse du Christ, aimée d’un amour éternel et fidèle, appelée à garder la lumière de l’Evangile, envoyée pour transmettre à tous le feu que Jésus a apporté et allumé dans le monde une fois pour toutes.
Pape François, Secondes vêpres / extrait – 9 mai 2024 (vatican.va)
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